Rester petite dans un monde obsédé par la croissance. Ma posture.

J'avais d'abord pensé vous enregistrer cette lettre, puis j'ai réalisé que l'écrire me permettrait de mieux poser mes mots, d'y revenir, d'y mettre toute la clarté dont j'avais besoin. Ma clarté, ma vision. Alors voilà... Il y a des matins où j'ouvre mes réseaux sociaux et je me sens envahie. Envahie par cette avalanche de promesses, de méthodes révolutionnaires, de transformations garanties en 21 jours. Envahie par ce monde du bien-être qui, paradoxalement, me coupe de toute forme de bien-être véritable.

Je ne prétends pas détenir la vérité sur ce qui devrait ou ne devrait pas être. Ce que je partage ici, c'est un constat personnel, une observation qui m'habite et qui me pousse à clarifier ma propre posture. Parce qu'au fond, nous sommes tous témoins de ce glissement inquiétant : un secteur qui devrait être au service de l'humain s'est transformé en machine à performer, à vendre, à "scaler".

Le paradoxe de l'industrie du bien-être

C'est un paradoxe cruel. On nous parle de présence, d'authenticité, de connexion à soi. On nous vend l'importance de ralentir, d'écouter nos besoins profonds, de respecter notre rythme unique. Et tout cela est enrobé dans les mêmes stratégies commerciales agressives que n'importe quelle industrie capitaliste : tunnels de vente sophistiqués, création de rareté artificielle, promesses de résultats garantis.

Les méthodes se multiplient. LA méthode pour guérir vos traumatismes. LA technique pour manifester l'abondance. LE système pour transformer votre vie. Un film récent au succès retentissant vient de mettre en lumière cette réalité : chaque gourou du bien-être semble détenir LA formule magique, reproductible, applicable à tous. Comme si nous étions des machines identiques qui nécessitent simplement le bon logiciel pour fonctionner correctement.

Mais voilà : à partir du moment où il y a méthode, on considère que nous sommes tous pareils. On nie l'unicité fondamentale de chaque être humain. On oublie que ce qui a fonctionné pour une personne dans un contexte particulier, à un moment donné de sa vie, ne sera peut-être pas du tout pertinent pour une autre. On oublie l'humilité essentielle de dire : "Voici ce qui m'a aidé, peut-être que cela résonnera pour toi aussi" plutôt que "Voici CE que tu DOIS faire pour être bien."

La rhétorique de la croissance au service de qui?

Ce qui me frappe particulièrement, c'est la façon dont le langage de l'empowerment est détourné pour justifier des pratiques commerciales douteuses. "Je veux servir plus de gens" devient le mantra qui légitime l'expansion sans fin. "Prendre sa place" rime avec "acheter ma formation à 3000$". L'abondance spirituelle se conjugue avec des stratégies de marketing digital agressives.

J'observe des leaders du bien-être qui bâtissent des empires. Qui embauchent des stratèges pour faire grossir leur business. Qui multiplient les produits dérivés, les programmes de certification, les formations de formateurs. Toujours plus. Toujours plus gros. Toujours plus de revenus. Et je me demande : à quel moment avons-nous oublié que ce n'était pas censé être ça?

Je ne juge pas le besoin de gagner sa vie dignement. Je ne juge pas le fait de vouloir être rémunéré pour son expertise. Ce que je questionne, c'est cette obsession de la croissance perpétuelle, cette fuite en avant qui transforme une vocation en machine à profits. Ce que je questionne, c'est cette inflation artificielle des prix qui n'a plus rien à voir avec la valeur réelle du temps et de l'expertise partagés, mais tout à voir avec ce qu'un marché saturé peut encore supporter.

Ce que je choisis

Je ne suis pas dans le jugement absolu. Je suis dans la clarification de ma propre éthique, de ce qui me semble juste et cohérent avec ce que je porte.

Dans ma pratique, j'ouvre une voie pour s'observer et s'écouter. Je ne l'impose jamais. J'offre mes connaissances, mon expérience, ma présence qualifiée. Et je ramène toujours, sans relâche, cette réalité fondamentale : nous sommes uniques. Votre vérité n'est pas la mienne. Votre chemin n'est pas celui de votre voisin. Ce qui vous aide aujourd'hui ne sera peut-être pas ce dont vous aurez besoin demain.

Mes prix reflètent la valeur de mon temps de travail, de mes années d'apprentissage, de la qualité de ma présence. Point. Je ne rémunère pas une équipe de stratèges marketing pour vous convaincre que vous avez besoin de mes services. Je ne construis pas des funnels de vente pour vous garder captif dans un écosystème de produits dérivés. Je ne crée pas de rareté artificielle pour vous pousser à acheter rapidement sous pression.

Et à mes proches qui pensent parfois que je devrais offrir tout cela gratuitement parce que c'est du "bien-être" : non. Mon travail a de la valeur. Mon expertise a été acquise au fil d'années d'études, de pratique, de supervision, de formation continue. Ma présence qualifiée mérite une rémunération juste. Ce n'est pas du bénévolat, c'est mon métier. Un métier que j'ai choisi de pratiquer avec intégrité, mais un métier quand même.

Le refus de grossir

J'ai fait un choix conscient : je ne veux pas grossir mon business. Je ne veux pas multiplier les clients à l'infini. Je ne veux pas créer un empire, déléguer la relation humaine, industrialiser l'accompagnement.

Ce choix me vaut parfois des regards étonnés. Dans un monde obsédé par la croissance, le fait de dire "je reste petite volontairement" est presque subversif. Mais c'est exactement ce qui me permet de maintenir la qualité de présence que je veux offrir. C'est ce qui me permet de vraiment voir les personnes avec qui je travaille, de ne pas les traiter comme des numéros dans un tableau de bord.

La croissance perpétuelle n'est pas un objectif universel. C'est un dogme capitaliste qui a envahi tous les secteurs, y compris celui du bien-être. Nous avons le droit de dire non à ce dogme. Nous avons le droit de choisir la profondeur plutôt que l'expansion, la qualité plutôt que la quantité, la présence authentique plutôt que la performance de présence.

Un appel à plus de simplicité

Je crois que nous manquons cruellement de simplicité dans le monde du bien-être. De cette humilité qui consiste à reconnaître que nous n'avons pas toutes les réponses. De cette honnêteté qui nous ferait dire "je ne sais pas" plutôt que de fabriquer une réponse pour maintenir notre image d'expert infaillible.

Nous manquons de réflexion critique. Nous gobons les tendances sans les questionner. Nous adoptons des concepts venus d'ailleurs sans nous demander s'ils font sens dans notre contexte, dans notre réalité, dans notre culture. Nous répétons des mantras sans vraiment les habiter.

Ce que je souhaite, c'est participer à un mouvement qui va dans une autre direction. Un mouvement qui valorise la nuance plutôt que les formules toutes faites. Qui honore la complexité de l'être humain plutôt que de le réduire à un problème à résoudre. Qui reconnaît que le chemin vers le mieux-être est sinueux, non linéaire, profondément personnel.

Une invitation

Je ne cherche pas à vous convaincre que ma vision est la seule valable. Je vous invite simplement à observer ce qui se passe dans le monde du bien-être avec un œil critique. À remarquer quand quelque chose vous met mal à l'aise, même si tout le monde autour semble adhérer sans questionnement. À vous demander : est-ce que cette approche honore ma singularité ou est-ce qu'elle me demande de me conformer à un modèle?

Je vous invite à choisir les personnes avec qui vous travaillez non pas en fonction de leurs promesses mirobolantes, mais en fonction de leur humilité, de leur capacité à reconnaître leurs limites, de leur respect pour votre propre rythme et vos propres réponses intérieures.

Je vous invite à vous méfier de ceux qui détiennent toutes les réponses, qui vendent des transformations garanties, qui créent de l'urgence pour vous faire prendre des décisions rapides.

Et je vous invite, si cela résonne pour vous, à me faire signe, à commenter cette lettre. Pas parce que j'ai LA solution. Mais parce que je peux peut-être vous offrir un espace où vous pourrez explorer vos propres questions, à votre rythme, avec bienveillance et sans jugement.


Cette réflexion n'est pas une vérité absolue. C'est mon point de vue, nourri de mes observations et de mon vécu. Il est probable que certains ne seront pas d'accord, et c'est parfaitement légitime. Ce qui m'importe, c'est d'ouvrir une conversation honnête sur ce qui se passe dans notre secteur, et de clarifier ma propre posture pour celles et ceux qui se reconnaissent dans cette vision.

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